Pourquoi je comprends le français écrit mais pas à l'oral ?
Vous comprenez le français écrit mais pas à l'oral parce qu'en français, ce qu'on écrit et ce qu'on entend n'est souvent pas la même chose. On prononce moins de lettres qu'on en écrit, les mots se collent entre eux, et à l'oral, on en avale une partie.
Ce décalage, je le vois souvent chez mes apprenants, du niveau A1 au niveau B1, et quelle que soit leur langue maternelle. Il est normal. Dans cet article, je vous explique d'où il vient, avec des exemples, puis comment nous le travaillons en cours.
« Les Français parlent trop vite »
C'est la phrase que mes élèves me disent souvent. Et c'est vrai : à l'oral, le français va vite.
Mais ce n'est pas la seule raison. En français, on est gourmand : on mange nos mots. Résultat, la phrase que vous lisez sans difficulté sur une page ne ressemble pas toujours à celle que vous entendez.
Pour comprendre l'oral, il ne suffit donc pas d'écouter plus lentement. Il faut apprendre à reconnaître la forme sonore des mots, qui n'est pas leur forme écrite. Voici les quatre phénomènes qui créent cet écart.
1. Les lettres qu'on écrit mais qu'on ne prononce pas
Le français écrit beaucoup de lettres muettes, surtout à la fin des mots.
petit, beaucoup, ils parlent
Dans petit, le t final ne se prononce pas. Dans beaucoup, le p non plus. Et dans ils parlent, la terminaison -ent est muette.
Conséquence : à l'oral, il parle et ils parlent se prononcent exactement de la même façon. À l'écrit, vous voyez tout de suite qu'il y a une ou plusieurs personnes. À l'oral, c'est le contexte qui vous le dit.
Autre exemple :
Ils chantent. Il chante.
Deux phrases différentes à l'écrit, une seule prononciation à l'oral.
2. Les mots qui se collent entre eux
À l'écrit, chaque mot est séparé par un espace. À l'oral, les espaces disparaissent. Deux mécanismes collent les mots entre eux.
La liaison
La liaison1le fait de prononcer une consonne finale normalement muette, parce que le mot suivant commence par une voyelle fait apparaître un son qu'on n'entend pas quand le mot est seul.
les amis
Seul, les se prononce « lé ». Mais devant amis, le s se réveille et se prononce « z » : on entend « lé-za-mi ». Si vous cherchez le mot amis dans ce que vous entendez, vous risquez de ne pas le trouver : vous entendez zami.
Même chose avec :
vous avez → « vou-za-vé »
L'enchaînement
Avec l'enchaînement2le fait de prononcer la consonne finale d'un mot avec la voyelle du mot suivant, la dernière consonne d'un mot s'accroche au mot suivant.
il arrive → « i-la-riv »
elle aime → « è-lèm »
À l'oral, la frontière entre les mots se déplace. Vous connaissez il et arrive, mais vous entendez « la-riv ».
3. Les sons qu'on avale
C'est le cœur de ce que j'appelle « manger ses mots ». Dans la conversation de tous les jours, certains sons disparaissent.
Le e tombe souvent :
je ne sais pas → « je n'sais pas » → « j'sais pas »
Le ne de la négation disparaît très souvent à l'oral :
Je ne sais pas. → Je sais pas.
Et parfois, plusieurs mots fondent en un seul bloc :
tu es → « t'es »
il y a → « y'a »
Ces formes sont normales à l'oral. Mais elles ne ressemblent pas à ce que vous avez appris à l'écrit. Si vous attendez je ne sais pas, vous ne reconnaîtrez pas « j'sais pas ».
4. À l'écrit, vous avez le temps
Quand vous lisez, vous pouvez relire une phrase, vous arrêter sur un mot, revenir en arrière. Vous voyez où commence et où finit chaque mot.
À l'oral, la phrase passe une seule fois. Vous n'avez pas le temps de chercher.
Les mots proches de votre langue vous aident beaucoup à l'écrit, et moins à l'oral :
information
À l'écrit, ce mot se reconnaît facilement. Mais à l'oral, la fin -tion se prononce « sion », et l'accent tombe à la fin du mot. Le même mot, que vous connaissez, peut passer sans que vous le reconnaissiez.
Comment je travaille l'oral en cours
Pour réduire cet écart, il faut apprendre à relier ce que vous entendez à ce que vous connaissez déjà à l'écrit. En cours, j'utilise plusieurs supports :
- des documents audio ;
- des vidéos ;
- la conversation ;
- la lecture à voix haute ;
- la dictée.
La dictée3un exercice où l'on écrit un texte lu à voix haute a une place particulière. Je la propose souvent en fin de cours. Elle vous oblige à reconnaître les mots que vous entendez et à les écrire : c'est exactement le chemin entre l'oral et l'écrit. Pour moi, c'est très important dès le niveau A1.
Les devoirs que je donne après le cours peuvent aussi contenir de la compréhension orale4la capacité à comprendre un document que l'on écoute.
Pour savoir comment se passe un cours, lisez ma méthode.
Ce que les ateliers de conversation apportent
En cours particulier, vous entendez surtout ma voix. Dans un atelier de conversation, vous entendez d'autres personnes.
Les ateliers vous permettent de dialoguer et de vous faire comprendre par d'autres que moi. Vous entendez la prononciation et les accents de chacun. C'est un moyen de mieux comprendre la langue telle qu'on la parle, avec des voix différentes.
Entre les cours
L'oral se travaille aussi chez vous. Je recommande les podcasts, la radio et les séries en français. Ce sont des occasions d'entendre la langue réelle, avec ses liaisons, ses enchaînements et ses mots avalés.
Vous ne savez pas encore quel est votre niveau ? Consultez la page niveaux. Et si vous avez une question sur les cours, écrivez-moi depuis la page contact.
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